Jacqueline nous raconte “La Guyancourse 2018” en goélette (8 avril)

Le 8 avril dernier, des CIVC ont répondu présents sur la ligne de départ de la Guyancourse.

Juste un petit mot pour remercier le CIV Chevreuse pour sa participation à la Guyancourse en goélette ; Barbara, Claire, Gwenaëlle, Manue, Nelly et moi-même avons partagé un moment fort sympathique en courant avec Nicolas (un passager polyhandicapé de 27 ans de l’Associaition des Tout Petits) dans notre joélette !


D’autres coureurs se sont joints à notre petite équipe : Blandine et Jacques, les éducateurs de Nicolas, Nicolas (un ancien CIVC), Mickaël (Epic et trail de Rochefort) et Thierry et Corinne (CIV Chevreuse de Bullion) sont venus à la rescousse à la dernière minute… ce qui fait que nous étions 12 au total pour se partager la joélette sur les 10 kms de course !

Le soleil était de la partie, la course est toujours aussi belle et l’ambiance très chaleureuse… en clair un agréable moment (même si c’est toujours un peu physique) partagé avec notre passager !


Merci à Nelly et Manue pour l’ambiance : tirer, pousser et chanter sur 10 kms… BRAVO !

Merci aux 4 garçons pour leurs relais à l’arrière de la joélette
Merci aux filles pour les relais à l’avant !

Et au niveau performance ?
1h12 dont un arrêt de plus de 5 minutes au ravitaillement.
C’est très bien, non ? Même si nous sommes partis un peu avant tout le monde…

Jacqueline

Bravo à tous !

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Récit de course : Marathon du Beaujolais 2016

Le Marathon du Beaujolais, raconté par Christian ( bravo Christian ! ),
 
Quelle belle découverte, sportive et culturelle, dans une région quelque peu méconnue et pourtant d’une rare beauté. Nous avons séjourné dans le Beaujolais Village pour ce weekend du 19 novembre 2016. Le samedi est consacré au Marathon, en sa 12ème édition, et Stéphane Diagana y officiait en qualité de parrain.
La pluie et le froid nous ont été promis toute la semaine, et, à la grande et heureuse surprise des 2.000 participants, ce fut un temps clair et ensoleillé, assez doux pour la période qui nous accompagna tout au long de ses 42 kilomètres.
Le parcours est atypique, entre course sur route, trail, cross et traversée des châteaux (y compris les escaliers pour descendre dans les célèbres caves du Beaujolais en sous-sol), et parsemé de paysages magnifiques, le Jura à l’horizon, et le Mont Blanc qui se profile derrière.
Le départ est à Fleurie et l’arrivée à Villefranche sur Saone, avec 12 villages à traverser, leurs château et caves, leurs paysages de vigne à perte de vue.
Pour ce marathon, la panne du 30ème est agrémentée d’une montée en côte de plusieurs kilomètres et rend la fin du parcours plus éprouvante qu’à l’accoutumée. L’arrivée se situe également après un dernier kilomètre montant au bout d’une épreuve qui mérite le voyage.
Il nous restait à découvrir quelques-uns de ces villages au cours du dimanche, et surtout, à ne pas manquer, une étape sur le Mont Brouilly (où nous apprîmes que le Brouilly est la seule appellation du Beaujolais qui ne soit pas un village, mais l’ensemble des vignes du Mont et des côtes alentours). La vue y est splendide par temps découvert.
En conclusion, si le marathon du Beaujolais ne permet pas de réaliser un chrono, il ravira ceux qui souhaitent découvrir une belle région en automne.
 
Bonnes fêtes de Noël et de fin d’année
Christian

La TDS 2016 (24-25 août)

Sur les Traces des Ducs de Savoie raconté par Mathilde
119 km – 7250 m D+ – Courmayeur-Bourg St Maurice-Chamonix
Un mois déjà que la course est terminée, et je n’ai toujours pas daigné (ou osé ?) faire un petit récit… Le temps passe, il est donc temps de le faire ; non seulement pour vous faire partager mon expérience et surtout les photos qui sont peut-être le plus beau témoignage, mais également pour fixer sur papier tous ces petits souvenirs, intercalés dans les plus grands mais qui font le charme de la mémoire…
C’est au départ un 31 décembre 2015 que je me décide enfin à m’inscrire à la TDS. Yves (Chevalier) et Philippe (Petazzoni) se sont eux déjà inscrits depuis plusieurs semaines maintenant, il ne me reste que quelques jours pour le faire. Comme bonne résolution de nouvelle année, je décide donc de le faire (j’hésitais entre ça et arrêter le chocolat, ma gourmandise aura eu le dessus). (suite…)

Le Trail de Bourbon (histoire d’un abandon)

C’est Raphaël Kahan qui raconte – grand bravo tout de même :

Le départ du Bourbon ou semi Raid à la Réunion se trouve plus précisément à Cilaos, le début d’un cirque au centre de l’île qui s’étend près du Pic des Neiges qui culmine à un peu plus de 3000 mètres. La plupart des gens qui s’étaient engagés dans ces courses disaient que c’était très difficile, que les terrains étaient très techniques et particuliers, mais on ne savait pas concrètement à quoi nous nous confrontions.
La course fait 93 kilomètres avec un dénivelé de 5800 mètres, mais surtout avec des routes qui fourmillent de pierres de racines et ou d’escaliers de taille inégales qui rendent les ascensions et les descentes très fastidieuses. Il faut vraiment avoir un entrainement très particulier pour pouvoir se déplacer rapidement sur ces terrains. Les 25 bosses à Fontainebleau sont, je crois, le meilleur terrain de jeu pour s’y familiariser un peu, mais c’est ce n’est qu’un petit aperçu de ce que l’on peut rencontrer sur cette très belle île aux paysages et aux climats si variés. Je ne peux pas dire que mon entraînement avait été suffisant pour ce genre d’épreuve, mais il ne l’est jamais non plus, quelle que soit notre engagement.
Le départ était à 4h du matin et nous avons dû partir en bus le soir avant minuit. Première nuit blanche. Nous essayons de nous reposer dans le bus plein de coureurs recueillis et qui pensent déjà à ce qui les attendent. A 2h40 nous sommes sur place au stade de Cilaos, petit déjeuner rapide, dépôts des sacs et contrôle de l’équipement par l’organisation et nous voilà prêts à prendre notre envol. Plus que cinq minutes. Nous sommes tous très tendus, mais nous attendons et préparons l’évènement depuis si longtemps que nous avons hâte de partir et d’en finir avec cette course mythique, malgré l’angoisse de l’inconnu qui nous attend.
Ca y est c’est parti. Mais nous ne courons pas tout de suite, il y a trop de monde. Quand enfin nous commençons à nous espacer, c’est encore difficile car ça commence à monter et beaucoup de personnes marchent encore. J’essaie de courir un peu, mes copains Bou et Philippe sont derrière et Dominique devant. Après deux kilomètres nous sommes sur du macadam, une route qui va vers le pic des neiges et qui descend. Nous courrons sur cette portion d’environ cinq ou six kilomètres, jusqu’au début du chemin qui nous emmène sur les pentes de la montagne. Il y a un bouchon avant de commencer l’ascension, puis on y va en marchant. Au fur et à mesure que les espaces se font, la marche devient de plus en plus soutenue et nous sentons la difficulté de cette côte qui n’en finit pas. Nous avons le plaisir de pouvoir admirer le lever du soleil tout en faisant l’ascension. Le paysage qui donne sur le cirque de Cilaos est magnifique, on se croirait à l’aube de la terre.
Nous arrivons en haut. J’avais rattrapé Dominique au premier ravitaillement, juste avant l’ascension, mais je le perds à nouveau dans la montée pour remettre une chaussette récalcitrante qui se retrousse dans ma chaussure, avant d’attraper des ampoules.
Arrivés en haut du piton, nous courrons, le chemin est difficile, mais nous essayons d’avancer. Nous arrivons enfin au gite du Piton des Neige pour le deuxième ravitaillement. J’en profite pour remplir ma gourde.
C’est reparti. On longe après le plateau de Kerveguen, sur des sentiers plein de rochers, que l’on doit escalader puis on repart en courant. On monte, on descend, après les rochers ce sont des caillebottis au- dessus de la boue. Je suis maintenant vraiment tout seul. Nous arrivons à Bélouve.. Au ravitaillement je retrouve les autres. Nous devons avoir fait au moins vingt kilomètres.
Nous repartons vers une nouvelle étape, cette fois ci, ce sont des chemins pleins de racine, nous faisons très attention où nous mettons les pieds mais nous ne pensons pas toujours à regarder en l’air et la tête cogne plusieurs fois sur les branches basses. Puis nous franchissons des échelles de montagnes, en descendant, et en montant, elles se succèdent les unes après les autres. Puis nous grimpons des escaliers, mais ils ne sont pas tous de la même taille. En montant je dois m’arrêter, j’ai une crampe. C’est étonnant, je ne devrais pas en avoir si tôt. Ça passe je repars doucement.
Nous commençons notre descente vers Hell Bourg. Je suis encore avec Dominique, nous arrivons au détour d’une route et nous découvrons pleins de fleurs jaunes et rouges, et un photographe nous prend au milieu du chemin. Nous arrivons peu de temps après au stade d’Hell Bourg. Avant que les autres ne partent je décide de me faire strapper la cheville, je commence à avoir un peu mal au pied droit suite à une entorse que je me suis faite un mois et demi avant de partir. En ressortant je rencontre mon pote Bou et nous continuons ensemble. J’attends qu’il ait fini de se restaurer. Je prends de la soupe et beaucoup de coca. Ça passe bien. Je prends aussi de l’orange et de la banane. Nous avons parcouru 25 kilomètres.
Nous décidons de marcher. Nous pourrions courir, mais il fait très chaud et nous préférons ménager nos forces qui ont été mises à rude épreuve depuis ce matin. Il est déjà plus de midi. Nous sommes sur une route goudronnée que nous suivons sur plusieurs kilomètres avant d’attaquer les prochaines côtes. Nous sommes partis il y a plus de huit heures et nous avons fait à peine une trentaine de kilomètres. Nous passons près de cascades, des coureurs font des poses en se trempant les pieds. Nous sortons de la route et nous attaquons des côtes très raides. Bou marche vite. Nous doublons pas mal de monde, mais je me fatigue.
Après environ deux heures d’Hell Bourg, nous empruntons un chemin qui nous mène vers la plaine des Merles. Très peu de temps après la pluie se met à tomber.
Je ne sais pas pourquoi on appelle cela une plaine, ça ne fait que monter, descendre un peu et remonter encore plus haut. Nous marchons, mais le parcours n’en finit pas. La pluie ne nous remonte pas le moral. Nous avons remis nos imperméables. L’étape me semble interminable. Le ravitaillement arrive finalement. Heureusement, je commençais à me sentir écœuré par ma gourde remplie d’une poudre de sels minéraux que je n’avais pas testé avant la course et qui n’a pas bon goût. Je la vide pour la remplir d’eau, mais elle est déjà pratiquement à sec. J’essaie de manger, mais je commence à ressentir de l’écœurement. Ce n’est pas bon signe. Je ne vois pas beaucoup de salé dans les ravitaillements. Il fait froid et nous allons nous changer après toute cette pluie, en mettant des vêtements secs. Il doit être seize heures déjà et nous sommes partis depuis plus de douze heures. Nous devons avoir fait à peine quarante kilomètres.
Nous repartons maintenant vers Mafate. Après une demi-heure, nous arrivons à un enregistrement mais sans ravitaillement. C’est un petit sentier qui mène dans le cirque. Nous suivons un chemin un peu boueux, mais toujours assez roulant, la pluie n’a pas été assez abondante, tant mieux. Après plusieurs kilomètres, nous sommes sur un grand sentier forestier avec des escaliers en terrasse, une spécialité de l’île qui nous fait prendre de l’altitude, puis nous redescendons et nous remontons à nouveaux vers le ravitaillement suivant qui est Aurère. La route devient de plus en plus difficile pour moi. L’étape me parait encore très longue. Bou est parti un peu devant avec un autre groupe de coureurs. J’ai de plus en plus de mal à avaler mes barres et l’eau commence à m’écœurer. Je me force quand même à boire, mais je sais que ce n’est pas assez. Le parcours devient à nouveau très pentu, toujours avec des terrasses en escaliers qui n’en finissent pas. Je vois finalement le sommet. L’ambiance en arrivant à Aurère est survoltée, je suis accueilli par un comité de bienvenue qui chante en m’acclamant. Je suis trop épuisé pour pouvoir donner le change, mais on ne m’en tient pas rigueur. Je suis accueilli à l’entrée d’une maison en bois par les chants des bénévoles qui nous encouragent et Bou vient à ma rencontre. Cela fait dix minutes à peine qu’il est arrivé. Nous avons fait 50 kilomètres.
J’essaie d’avaler ce que je peux, mais je n’arrive pas à ingurgiter autant que je le souhaiterais. Je pense que ça va aller quand même. Je bois du coca, plusieurs verres, je mange une orange, un bout de banane, mais tout le reste, soupe, chocolat, barres de céréales, fruits locaux, ce n’est plus possible.
C’’est reparti à nouveau, cette fois nous devons atteindre deux bras et récupérer nos sacs de ravitaillement. Nous avons aussi un repas chaud et des masseurs sur place. Nous serons alors à 56 kms de course. En descendant la côte je sens que je perds des forces, Bou va bien plus vite que moi, il est beaucoup plus alerte, j’essaie de le suivre, je ne veux pas être un boulet derrière lui, je me laisse trop aller dans les escaliers en terrasse qui sont très techniques et difficiles à négocier, et je ne mets pas suffisamment les rétro freins, mon pied s’accroche sur une aspérité et c’est la sanction immédiate, je chute en avant et je me râpe le genou et le bras. En tombant, j’ai deux crampes aux mollets qui se déclenchent subitement et c’est ce qui me fait le plus mal. Des coureurs nous croisent et demandent ce qu’il y a, Bou répond que j’ai des crampes. Il faut boire et manger du sel pour ne pas avoir de crampes répondent-ils d’un air dédaigneux. Cela m’avance bien, si je pouvais boire normalement c’est sûr que je n’aurais pas de crampes.
Bou ralenti la descente, je fais plus attention, mais je suis vraiment cuit. Nous arrivons finalement en bas, nous pensons que le ravitaillement va bientôt arriver, mais nous devons d’abord traverser la rivière sur des rochers éparpillés dans son lit. Au troisième rocher mon pied glisse à nouveau et tombe dans l’eau. Tant pis j’en serais quitte pour continuer comme ça, mais c’est une nouvelle alerte, je dois rester vigilant. Nous traversons la rivière une fois, deux fois puis une troisième fois et encore une quatrième fois. Finalement nous prenons un chemin qui nous éloigne de la rivière. Nous pensons que l’arrivée est proche, mais je vois les lumières devant très loin encore. Nous continuons d’avancer confiants, et après au moins deux kilomètres qui me semblent sans fin, nous arrivons au ravitaillement. On me demande si ça va, je dois avoir vraiment une sale tête, je réponds oui bien sûr, même si je ne suis pas convainquant.
A Deux Bras, je dois faire le maximum pour me remettre sur pied, et arrêter ce début d’hypoglycémie que je ressens depuis plusieurs kilomètres. Un repas chaud, poulet, riz, pates nous est proposé. Les pâtes m’écœurent trop, je prends du poulet et du riz. Je n’ingurgite pas assez de liquide ni de solide depuis au moins deux ou trois heures et je manque d’énergie, mais je n’ai pas envie d’abandonner. J’ai envie de voir la suite, de traverser toute la nuit, d’une arrivée au stade de la Redoute. Je dois profiter de cet arrêt pour reprendre des forces. Je me contrains à manger, je vois que Bou englouti ses pates, son riz et son poulet et se lève pour redemander une ration, alors encouragé, j’avale difficilement un peu de riz et une bouchée de poulet. Je suis trop écœuré et j’ai envie de vomir, mais je me retiens en pensant que si je ne garde pas ce que j’ai eu tant de mal à ingurgiter c’est la fin des haricots. Je bois du coca, vais récupérer mes affaires sèches et me fait masser. Tout cela me fait du bien mais la sensation d’écœurement persiste. Je dis à Bou que je vais essayer de dormir un peu et lui propose de me laisser. « Je n’ai pas envie de continuer seul » me répond-il, « je vais essayer de dormir un peu moi aussi ».
Nous nous allongeons, mais il y a trop de bruit. Au bout de vingt minutes à peine, on nous dit que le camp va fermer ; Nous devons nous préparer et reprendre notre route ; Je ne me sens pas bien du tout encore, mais je ne souhaite pas ralentir Bou plus longtemps, alors je me lève et nous repartons à l’assaut de l’étape suivante en espérant qu’elle ne soit pas trop dure. J’emporte une bouteille d’eau que j’ai fait remplir avant de quitter le ravitaillement. Il est vint deux heures quarante-cinq quand nous repartons.
Dans la nuit nous sommes avec les derniers concurrents, nous avons beaucoup tardés et la barrière horaire est proche; nous avons encore un peu de marge mais il faut avancer. Nous avons huit cent mètres de dénivelés sur cette étape. Ce n’est pas la plus facile. Nous rencontrons d’autres personnes qui semblent aussi cuites que moi. Je sens à nouveau que mes forces s’étiolent au fur et à mesure ; nous faisons des pauses; pendant ces pauses j’essaie de boire, mais c’est toujours très dur à passer. Je n’arrive pas à avaler quoi que ce soit maintenant.
Les pauses sont de plus en plus longues avant que je ne puisse me remettre en route. Nous doublons des personnes qui nous redoublent après, plusieurs fois de suite, car elles sont plus ou moins dans les mêmes conditions d’épuisement que moi. Puis nous ne parvenons plus à les redoubler. Cela fait maintenant une heure et demi que nous avons quitté Deux Bras et je ne vois pas la fin de cette étape qui une fois de plus n’en fini pas. Mais contrairement aux autres étapes, je sens que je puise très fortement dans les réserves. Je transpire énormément devant les efforts pour grimper cette montagne avant de m’arrêter pour récupérer. Je sais que ce n’est pas bon signe, alors que je bois si peu. Je veux encore continuer, mais je me rends compte que la fin est très proche. Je suis au bout de mes forces et quand un concurrent nous double en nous disant que le serre file est juste derrière nous, je propose à Bou de me laisser et de continuer tout seul. Cette fois ci il comprend que je ne pourrais pas aller beaucoup plus loin et surtout que je serais pris en charge. On les entend se rapprocher, les filles sont très gaies et elles chantent. C’est très joyeux même si je n’ai pas trop envie de rire à ce moment-là. Bou leur explique que je vais arrêter la course et il s’en va en me laissant entre leurs mains.
Mais ce n’est pas terminé, je dois continuer d’avancer, le guide ne peut pas me porter. Je lui demande si le sommet est encore loin, il me répond laconiquement : « un peu ». Je lui demande ce que ça veut dire « un peu ». Je perçois que ça veut dire oui. Nous avançons encore une heure dans ces conditions. De temps en temps il me sent flageoler et basculer dangereusement vers le précipice, mais je sens qu’il me colle, prêt à me rattraper à tout moment, je sens sa main qui frôle mon épaule dans ces moments un peu plus périlleux. Je n’ai pas peur car il fait nuit, je ne vois pas le vide et je suis trop fatigué pour m’en rendre compte. Je sens bien qu’il souhaiterait me voir aller un peu plus vite, mais je n’y arrive vraiment plus. Je n’ai qu’une envie, m’arrêter et ne plus bouger. Même quand je ne bouge pas je me sens très mal, mon écœurement persiste et j’essaie de vomir plusieurs fois mais rien ne sort. Je lui redemande si c’est encore loin maintenant, après plus d’une demi-heure de marche. Il me répond : « pas trop ».
Nous continuons pendant une bonne vingtaine de minutes et nous arrivons à des grands escaliers en terrasse. Il me dit, c’est bon, encore quatre ou cinq marches et c’est fini. Je me doute qu’il ment un peu pour me faire avaler la pilule, je suis vraiment cuit, mais pas dupe. Je compte, quatre cinq, huit, dix, douze, là il charrie un peu quand même, je m’arrête de compter aux vingt cinquième escaliers, mais après dix bonnes minutes de marche nous arrivons enfin sur la route à un contrôle de dossard. Je pense que le ravitaillement ne doit pas être loin mais le guide me dit que je ne suis pas en état de faire la descente qui est très technique et qu’il vaut mieux que je m’arrête maintenant. C’est vrai, quelle importance maintenant que je sais que je n’arriverais pas au bout. J’ai quand même dû faire plus de soixante kilomètres en vingt et une heure. Il me reste encore trente kilomètres. Dix heures de courses et il n’est qu’un peu plus d’une heure du matin.
Nous sommes quatre personnes à avoir jeté l’éponge en haut de la côte. On me propose d’atteindre au ravitaillement de la Possession qui se trouve à une dizaine de kilomètres de là, si je n’ai personne pour me ramener. Un des gars se fait récupérer par un ami et nous dépose en passant à Possession.
Au petit matin je me fais ramener à Saint Denis par un des bénévoles. Je récupère mes affaires, prend une douche et j’assiste à l’arrivée de mes copains. Je me sens un peu mal de ne pas avoir pu franchir la ligne comme eux, mais je sais que ce n’était pas possible. La pilule est dure à avaler mais elle sera certainement pleine d’enseignements pour la suite.