Le Trail de Bourbon (histoire d’un abandon)

C’est Raphaël Kahan qui raconte – grand bravo tout de même :

Le départ du Bourbon ou semi Raid à la Réunion se trouve plus précisément à Cilaos, le début d’un cirque au centre de l’île qui s’étend près du Pic des Neiges qui culmine à un peu plus de 3000 mètres. La plupart des gens qui s’étaient engagés dans ces courses disaient que c’était très difficile, que les terrains étaient très techniques et particuliers, mais on ne savait pas concrètement à quoi nous nous confrontions.
La course fait 93 kilomètres avec un dénivelé de 5800 mètres, mais surtout avec des routes qui fourmillent de pierres de racines et ou d’escaliers de taille inégales qui rendent les ascensions et les descentes très fastidieuses. Il faut vraiment avoir un entrainement très particulier pour pouvoir se déplacer rapidement sur ces terrains. Les 25 bosses à Fontainebleau sont, je crois, le meilleur terrain de jeu pour s’y familiariser un peu, mais c’est ce n’est qu’un petit aperçu de ce que l’on peut rencontrer sur cette très belle île aux paysages et aux climats si variés. Je ne peux pas dire que mon entraînement avait été suffisant pour ce genre d’épreuve, mais il ne l’est jamais non plus, quelle que soit notre engagement.
Le départ était à 4h du matin et nous avons dû partir en bus le soir avant minuit. Première nuit blanche. Nous essayons de nous reposer dans le bus plein de coureurs recueillis et qui pensent déjà à ce qui les attendent. A 2h40 nous sommes sur place au stade de Cilaos, petit déjeuner rapide, dépôts des sacs et contrôle de l’équipement par l’organisation et nous voilà prêts à prendre notre envol. Plus que cinq minutes. Nous sommes tous très tendus, mais nous attendons et préparons l’évènement depuis si longtemps que nous avons hâte de partir et d’en finir avec cette course mythique, malgré l’angoisse de l’inconnu qui nous attend.
Ca y est c’est parti. Mais nous ne courons pas tout de suite, il y a trop de monde. Quand enfin nous commençons à nous espacer, c’est encore difficile car ça commence à monter et beaucoup de personnes marchent encore. J’essaie de courir un peu, mes copains Bou et Philippe sont derrière et Dominique devant. Après deux kilomètres nous sommes sur du macadam, une route qui va vers le pic des neiges et qui descend. Nous courrons sur cette portion d’environ cinq ou six kilomètres, jusqu’au début du chemin qui nous emmène sur les pentes de la montagne. Il y a un bouchon avant de commencer l’ascension, puis on y va en marchant. Au fur et à mesure que les espaces se font, la marche devient de plus en plus soutenue et nous sentons la difficulté de cette côte qui n’en finit pas. Nous avons le plaisir de pouvoir admirer le lever du soleil tout en faisant l’ascension. Le paysage qui donne sur le cirque de Cilaos est magnifique, on se croirait à l’aube de la terre.
Nous arrivons en haut. J’avais rattrapé Dominique au premier ravitaillement, juste avant l’ascension, mais je le perds à nouveau dans la montée pour remettre une chaussette récalcitrante qui se retrousse dans ma chaussure, avant d’attraper des ampoules.
Arrivés en haut du piton, nous courrons, le chemin est difficile, mais nous essayons d’avancer. Nous arrivons enfin au gite du Piton des Neige pour le deuxième ravitaillement. J’en profite pour remplir ma gourde.
C’est reparti. On longe après le plateau de Kerveguen, sur des sentiers plein de rochers, que l’on doit escalader puis on repart en courant. On monte, on descend, après les rochers ce sont des caillebottis au- dessus de la boue. Je suis maintenant vraiment tout seul. Nous arrivons à Bélouve.. Au ravitaillement je retrouve les autres. Nous devons avoir fait au moins vingt kilomètres.
Nous repartons vers une nouvelle étape, cette fois ci, ce sont des chemins pleins de racine, nous faisons très attention où nous mettons les pieds mais nous ne pensons pas toujours à regarder en l’air et la tête cogne plusieurs fois sur les branches basses. Puis nous franchissons des échelles de montagnes, en descendant, et en montant, elles se succèdent les unes après les autres. Puis nous grimpons des escaliers, mais ils ne sont pas tous de la même taille. En montant je dois m’arrêter, j’ai une crampe. C’est étonnant, je ne devrais pas en avoir si tôt. Ça passe je repars doucement.
Nous commençons notre descente vers Hell Bourg. Je suis encore avec Dominique, nous arrivons au détour d’une route et nous découvrons pleins de fleurs jaunes et rouges, et un photographe nous prend au milieu du chemin. Nous arrivons peu de temps après au stade d’Hell Bourg. Avant que les autres ne partent je décide de me faire strapper la cheville, je commence à avoir un peu mal au pied droit suite à une entorse que je me suis faite un mois et demi avant de partir. En ressortant je rencontre mon pote Bou et nous continuons ensemble. J’attends qu’il ait fini de se restaurer. Je prends de la soupe et beaucoup de coca. Ça passe bien. Je prends aussi de l’orange et de la banane. Nous avons parcouru 25 kilomètres.
Nous décidons de marcher. Nous pourrions courir, mais il fait très chaud et nous préférons ménager nos forces qui ont été mises à rude épreuve depuis ce matin. Il est déjà plus de midi. Nous sommes sur une route goudronnée que nous suivons sur plusieurs kilomètres avant d’attaquer les prochaines côtes. Nous sommes partis il y a plus de huit heures et nous avons fait à peine une trentaine de kilomètres. Nous passons près de cascades, des coureurs font des poses en se trempant les pieds. Nous sortons de la route et nous attaquons des côtes très raides. Bou marche vite. Nous doublons pas mal de monde, mais je me fatigue.
Après environ deux heures d’Hell Bourg, nous empruntons un chemin qui nous mène vers la plaine des Merles. Très peu de temps après la pluie se met à tomber.
Je ne sais pas pourquoi on appelle cela une plaine, ça ne fait que monter, descendre un peu et remonter encore plus haut. Nous marchons, mais le parcours n’en finit pas. La pluie ne nous remonte pas le moral. Nous avons remis nos imperméables. L’étape me semble interminable. Le ravitaillement arrive finalement. Heureusement, je commençais à me sentir écœuré par ma gourde remplie d’une poudre de sels minéraux que je n’avais pas testé avant la course et qui n’a pas bon goût. Je la vide pour la remplir d’eau, mais elle est déjà pratiquement à sec. J’essaie de manger, mais je commence à ressentir de l’écœurement. Ce n’est pas bon signe. Je ne vois pas beaucoup de salé dans les ravitaillements. Il fait froid et nous allons nous changer après toute cette pluie, en mettant des vêtements secs. Il doit être seize heures déjà et nous sommes partis depuis plus de douze heures. Nous devons avoir fait à peine quarante kilomètres.
Nous repartons maintenant vers Mafate. Après une demi-heure, nous arrivons à un enregistrement mais sans ravitaillement. C’est un petit sentier qui mène dans le cirque. Nous suivons un chemin un peu boueux, mais toujours assez roulant, la pluie n’a pas été assez abondante, tant mieux. Après plusieurs kilomètres, nous sommes sur un grand sentier forestier avec des escaliers en terrasse, une spécialité de l’île qui nous fait prendre de l’altitude, puis nous redescendons et nous remontons à nouveaux vers le ravitaillement suivant qui est Aurère. La route devient de plus en plus difficile pour moi. L’étape me parait encore très longue. Bou est parti un peu devant avec un autre groupe de coureurs. J’ai de plus en plus de mal à avaler mes barres et l’eau commence à m’écœurer. Je me force quand même à boire, mais je sais que ce n’est pas assez. Le parcours devient à nouveau très pentu, toujours avec des terrasses en escaliers qui n’en finissent pas. Je vois finalement le sommet. L’ambiance en arrivant à Aurère est survoltée, je suis accueilli par un comité de bienvenue qui chante en m’acclamant. Je suis trop épuisé pour pouvoir donner le change, mais on ne m’en tient pas rigueur. Je suis accueilli à l’entrée d’une maison en bois par les chants des bénévoles qui nous encouragent et Bou vient à ma rencontre. Cela fait dix minutes à peine qu’il est arrivé. Nous avons fait 50 kilomètres.
J’essaie d’avaler ce que je peux, mais je n’arrive pas à ingurgiter autant que je le souhaiterais. Je pense que ça va aller quand même. Je bois du coca, plusieurs verres, je mange une orange, un bout de banane, mais tout le reste, soupe, chocolat, barres de céréales, fruits locaux, ce n’est plus possible.
C’’est reparti à nouveau, cette fois nous devons atteindre deux bras et récupérer nos sacs de ravitaillement. Nous avons aussi un repas chaud et des masseurs sur place. Nous serons alors à 56 kms de course. En descendant la côte je sens que je perds des forces, Bou va bien plus vite que moi, il est beaucoup plus alerte, j’essaie de le suivre, je ne veux pas être un boulet derrière lui, je me laisse trop aller dans les escaliers en terrasse qui sont très techniques et difficiles à négocier, et je ne mets pas suffisamment les rétro freins, mon pied s’accroche sur une aspérité et c’est la sanction immédiate, je chute en avant et je me râpe le genou et le bras. En tombant, j’ai deux crampes aux mollets qui se déclenchent subitement et c’est ce qui me fait le plus mal. Des coureurs nous croisent et demandent ce qu’il y a, Bou répond que j’ai des crampes. Il faut boire et manger du sel pour ne pas avoir de crampes répondent-ils d’un air dédaigneux. Cela m’avance bien, si je pouvais boire normalement c’est sûr que je n’aurais pas de crampes.
Bou ralenti la descente, je fais plus attention, mais je suis vraiment cuit. Nous arrivons finalement en bas, nous pensons que le ravitaillement va bientôt arriver, mais nous devons d’abord traverser la rivière sur des rochers éparpillés dans son lit. Au troisième rocher mon pied glisse à nouveau et tombe dans l’eau. Tant pis j’en serais quitte pour continuer comme ça, mais c’est une nouvelle alerte, je dois rester vigilant. Nous traversons la rivière une fois, deux fois puis une troisième fois et encore une quatrième fois. Finalement nous prenons un chemin qui nous éloigne de la rivière. Nous pensons que l’arrivée est proche, mais je vois les lumières devant très loin encore. Nous continuons d’avancer confiants, et après au moins deux kilomètres qui me semblent sans fin, nous arrivons au ravitaillement. On me demande si ça va, je dois avoir vraiment une sale tête, je réponds oui bien sûr, même si je ne suis pas convainquant.
A Deux Bras, je dois faire le maximum pour me remettre sur pied, et arrêter ce début d’hypoglycémie que je ressens depuis plusieurs kilomètres. Un repas chaud, poulet, riz, pates nous est proposé. Les pâtes m’écœurent trop, je prends du poulet et du riz. Je n’ingurgite pas assez de liquide ni de solide depuis au moins deux ou trois heures et je manque d’énergie, mais je n’ai pas envie d’abandonner. J’ai envie de voir la suite, de traverser toute la nuit, d’une arrivée au stade de la Redoute. Je dois profiter de cet arrêt pour reprendre des forces. Je me contrains à manger, je vois que Bou englouti ses pates, son riz et son poulet et se lève pour redemander une ration, alors encouragé, j’avale difficilement un peu de riz et une bouchée de poulet. Je suis trop écœuré et j’ai envie de vomir, mais je me retiens en pensant que si je ne garde pas ce que j’ai eu tant de mal à ingurgiter c’est la fin des haricots. Je bois du coca, vais récupérer mes affaires sèches et me fait masser. Tout cela me fait du bien mais la sensation d’écœurement persiste. Je dis à Bou que je vais essayer de dormir un peu et lui propose de me laisser. « Je n’ai pas envie de continuer seul » me répond-il, « je vais essayer de dormir un peu moi aussi ».
Nous nous allongeons, mais il y a trop de bruit. Au bout de vingt minutes à peine, on nous dit que le camp va fermer ; Nous devons nous préparer et reprendre notre route ; Je ne me sens pas bien du tout encore, mais je ne souhaite pas ralentir Bou plus longtemps, alors je me lève et nous repartons à l’assaut de l’étape suivante en espérant qu’elle ne soit pas trop dure. J’emporte une bouteille d’eau que j’ai fait remplir avant de quitter le ravitaillement. Il est vint deux heures quarante-cinq quand nous repartons.
Dans la nuit nous sommes avec les derniers concurrents, nous avons beaucoup tardés et la barrière horaire est proche; nous avons encore un peu de marge mais il faut avancer. Nous avons huit cent mètres de dénivelés sur cette étape. Ce n’est pas la plus facile. Nous rencontrons d’autres personnes qui semblent aussi cuites que moi. Je sens à nouveau que mes forces s’étiolent au fur et à mesure ; nous faisons des pauses; pendant ces pauses j’essaie de boire, mais c’est toujours très dur à passer. Je n’arrive pas à avaler quoi que ce soit maintenant.
Les pauses sont de plus en plus longues avant que je ne puisse me remettre en route. Nous doublons des personnes qui nous redoublent après, plusieurs fois de suite, car elles sont plus ou moins dans les mêmes conditions d’épuisement que moi. Puis nous ne parvenons plus à les redoubler. Cela fait maintenant une heure et demi que nous avons quitté Deux Bras et je ne vois pas la fin de cette étape qui une fois de plus n’en fini pas. Mais contrairement aux autres étapes, je sens que je puise très fortement dans les réserves. Je transpire énormément devant les efforts pour grimper cette montagne avant de m’arrêter pour récupérer. Je sais que ce n’est pas bon signe, alors que je bois si peu. Je veux encore continuer, mais je me rends compte que la fin est très proche. Je suis au bout de mes forces et quand un concurrent nous double en nous disant que le serre file est juste derrière nous, je propose à Bou de me laisser et de continuer tout seul. Cette fois ci il comprend que je ne pourrais pas aller beaucoup plus loin et surtout que je serais pris en charge. On les entend se rapprocher, les filles sont très gaies et elles chantent. C’est très joyeux même si je n’ai pas trop envie de rire à ce moment-là. Bou leur explique que je vais arrêter la course et il s’en va en me laissant entre leurs mains.
Mais ce n’est pas terminé, je dois continuer d’avancer, le guide ne peut pas me porter. Je lui demande si le sommet est encore loin, il me répond laconiquement : « un peu ». Je lui demande ce que ça veut dire « un peu ». Je perçois que ça veut dire oui. Nous avançons encore une heure dans ces conditions. De temps en temps il me sent flageoler et basculer dangereusement vers le précipice, mais je sens qu’il me colle, prêt à me rattraper à tout moment, je sens sa main qui frôle mon épaule dans ces moments un peu plus périlleux. Je n’ai pas peur car il fait nuit, je ne vois pas le vide et je suis trop fatigué pour m’en rendre compte. Je sens bien qu’il souhaiterait me voir aller un peu plus vite, mais je n’y arrive vraiment plus. Je n’ai qu’une envie, m’arrêter et ne plus bouger. Même quand je ne bouge pas je me sens très mal, mon écœurement persiste et j’essaie de vomir plusieurs fois mais rien ne sort. Je lui redemande si c’est encore loin maintenant, après plus d’une demi-heure de marche. Il me répond : « pas trop ».
Nous continuons pendant une bonne vingtaine de minutes et nous arrivons à des grands escaliers en terrasse. Il me dit, c’est bon, encore quatre ou cinq marches et c’est fini. Je me doute qu’il ment un peu pour me faire avaler la pilule, je suis vraiment cuit, mais pas dupe. Je compte, quatre cinq, huit, dix, douze, là il charrie un peu quand même, je m’arrête de compter aux vingt cinquième escaliers, mais après dix bonnes minutes de marche nous arrivons enfin sur la route à un contrôle de dossard. Je pense que le ravitaillement ne doit pas être loin mais le guide me dit que je ne suis pas en état de faire la descente qui est très technique et qu’il vaut mieux que je m’arrête maintenant. C’est vrai, quelle importance maintenant que je sais que je n’arriverais pas au bout. J’ai quand même dû faire plus de soixante kilomètres en vingt et une heure. Il me reste encore trente kilomètres. Dix heures de courses et il n’est qu’un peu plus d’une heure du matin.
Nous sommes quatre personnes à avoir jeté l’éponge en haut de la côte. On me propose d’atteindre au ravitaillement de la Possession qui se trouve à une dizaine de kilomètres de là, si je n’ai personne pour me ramener. Un des gars se fait récupérer par un ami et nous dépose en passant à Possession.
Au petit matin je me fais ramener à Saint Denis par un des bénévoles. Je récupère mes affaires, prend une douche et j’assiste à l’arrivée de mes copains. Je me sens un peu mal de ne pas avoir pu franchir la ligne comme eux, mais je sais que ce n’était pas possible. La pilule est dure à avaler mais elle sera certainement pleine d’enseignements pour la suite.

La diagonale des fous !!

Sylvie et Eric partent pour le Grand Raid (163 bornes à travers l’île de la Réunion) et une version “courte” pour Sylvie (90 bornes)
Vous pourrez les suivre à partir de :
– jeudi 21 octobre à 22h (gaffe au décalage horaire) pour Eric, dossard 2244
– samedi 23 à 6h pour Sylvie, dossard 6047

Ca se passe ici : www.grandraid-reunion.com

Bon courage à ces cinglés 😉 à eux.

Témoignage : Grand Raid de la Réunion 2006 (Sylvie)

La diagonale des fous

Comme le nom l’indique, une histoire de fous….

Le lieu : l’ile de la réunion

La période : 20, 21 ,22 octobre 2006

Le parcours : Départ Cap méchant à St Philippe, Arrivée St Denis, une belle diagonale du sud au nord.

Le nombre de kilomètres – cette année : 143,3.

Le dénivelé – environ 9000 mètres de D+.

Le délai maximum : 63 heures.

Bref, une belle aventure, que j’ai décidé de tenter, accompagnée d’Eric, qui lui n’en n’est pas à son coup d’essai sur ce genre de course.

Nous voilà enfin sur place, après un accueil chaleureux des organisateurs le dimanche à l’arrivée de notre avion.

Dès le lundi précédant la course nous retrouvons Michel et Claudine Martinoli, avec qui nous décidons d’effectuer une reconnaissance du dit parcours, les 22 derniers kilomètres, de l’église de Dos d’Ane au stade de la Redoute (non on n’y fait pas ses courses…). Tout de suite dans le bain, rien qu’en regardant autour de soi, on se rend compte qu’il va falloir monter. En principe, je devrai passer à cet endroit de nuit, je suis ravie de reconnaître cette portion…En effet, nous passons sur une crête et là, il me faut éviter de regarder à droite ou à gauche ! De chaque côté le vide, sympathique non ? Ensuite de la descente, racines, marches, rochers…je me demande vraiment où je vais aller mettre mes pieds !

Je décide le mardi, de jouer l’étoile de mer, j’ai déjà des courbatures de la veille… Il paraît que cela va passer…

Eric, courageux ou fou, lui retourne reconnaître une autre portion….c’est amusant il ne me dira rien de précis sur cette partie !

Le mercredi 18 octobre, retrait des dossards, une belle et gentille pagaille. Nous commençons à nous mettre dans l’ambiance.

Jeudi 19 octobre, pour moi la tension monte, je m’occupe à la préparation de mes sacs, j’ai décidé d’en laisser un à Cilaos – au 68 kms -, et un autre à Deux Bras – au 116 kms. J’ai bien l’intention d’aller le plus loin possible….

Cela ne m’empêche pas de craquer, je me rends bien compte de la difficulté ; je n’ai pas pu m’entraîner correctement à cause d’une déchirure au mollet fin Août, je n’ai jamais fait une telle distance avec autant de dénivelé, mais je relativise….

Michel m’a préparé une feuille de route, en 46 heures, cela me donnera au moins des repères, mais je « table » plutôt sur 48, voire 50 heures, bref, je n’en sais rien…

Jeudi soir, Nous avons décidé de prendre le car de « ramassage des coureurs », pour nous rendre à St Philippe, j’essaie de me décontracter en me laissant aller au « somnolage »

Michel à l’air de faire la même chose, quand à Eric, fidèle à son mal des transports, fixe inlassablement la route.

Après une vérification des sacs, nous attendons le départ dans une bonne ambiance, le directeur de course nous annonce la météo, elle devrait être bonne, c’est toujours cela de gagné, puis le compte à rebours, un dernier regard et baiser d’Eric « Attention à toi » et c’est parti….. Il est une heure du matin, le vendredi 20 octobre.

Michel et Eric ont décidé de courir ensemble, pour ma part, je vais gérer. Mais nous effectuons les premiers kilomètres tranquillement et ensemble. Il y un monde fou tout au long de ces premiers kilomètres, puis je perds les garçons de vue, cela monte doucement une belle route forestière, la nuit est superbe, le ciel est rempli d’étoiles.

Les choses sérieuses commencent, on attaque la montée vers le volcan, tout le monde marche, le sentier est accidenté, racines, pierres, boue…les discussions cessent, chacun dans sa bulle. Je n’ai pas le temps d’éviter une belle branche d’arbre, que je prends en pleine tête, première chute… Le coureur me précédant vient à mon secours, et puis par la suite à chaque branche d’arbre dépassant un peu trop, me prévient….. ! J’arrive toujours à trouver un bon samaritain…

De toute manière, il ne m’arrivera rien, j’ai mes grigris… et un joli brin de muguet…le gentil donateur se reconnaîtra….

Le jour se lève doucement, j’arrive à Foc Foc, persuadé que je suis déjà au ravitaillement du Volcan, mais un coup de téléphone de Claudine qui fait le relai avec Eric me fait revenir à une dure réalité… Bref, le paysage est magnifique.

J’arrive au ravitaillement « Route du Volcan, je jette un coup d’œil sur ma feuille de route, j’ai 1h30 d’avance…mais restons calme, la route est longue….

Nouveau coup de fil, cette fois ci d’Aurélie qui m’encourage, ils ont commencé à nous suivre sur internet, sachant où je me trouve, elle me demande comment je trouve le paysage, Lunaire !

Je marche sur la Lune, super ! Je trouve le moyen de buter, me rattrapant (et oui dès fois cela m’arrive….) en battant des bras, ce n’est pas le moment de tomber. Au lieu d’être sur où dans la lune, regarde où tu mets les pieds, Apruzzese !

Je continue, la plaine des sables, puis l’Oratoire Ste Thérèse.

Nouveau coup de fil, Aline qui vient me souhaiter bonne course à moi ainsi qu’à Eric, et qui d’un seul coup, visiblement à ma respiration, me demande :

· Tu fais quoi… ? (la, à quoi a-t-elle pu penser ? je me le demande…)

· Je coure…

· Ah ! tu coures…

· Oui je suis déjà en course…

· Oh non, je croyais que vous ne partiez que ce soir !

Et moi d’éclater de rire, je ne voyais pas sa tête, mais j’imaginais assez bien…

Puis un coup de fil de Marie Pierre : « Super Sylvie, je te suis depuis ce matin, dis tu serres les dents, hein, tu ne craques pas ?

– non Marie, je te promets »

Les SMS arrivent régulièrement sur mon portable, encouragements des copains, renseignements sur le parcours d’Eric. Nous avons réussi à nous joindre, je le rassure sur mon état, il me conseille de prendre mon temps. Je suis contente de voir que pour lui tout va bien, il m’annonce néanmoins qu’ils se sont perdus, lors d’un ravitaillement, avec Michel.

Avant d’arriver à « Mare à boue » (vous connaissez la suite ?…), je fais la route avec quelques messieurs, depuis quelques temps, je n’ai pas vu beaucoup de féminines.

Mare à boue, poste de ravitaillement, poulet, riz, bananes….je me restaure, assise dans l’herbe, il est 11h30, cela fait 10h30 que je suis partie, seulement une cinquantaine de kilomètres, un peu de fatigue. Les coureurs autour de moi, sont visiblement dans le même état. Je prends mon temps pour me ravitailler et me détendre. Puis en route vers « Kerveguen », passage d’échelles, chemin boueux, rondins au sol, c’est difficile d’avoir des appuis corrects, et ça monte !

Je vais mettre pratiquement 3 heures pour y arriver, et il n’y a qu’une dizaine de kilomètres… !

CILAOS ! Grand poste de ravitaillement, j’ai profité de la route en descente pour courir réellement, j’y arrive vers 16h30, j’ai toujours mon heure et demi d’avance, si je peux dire. Beaucoup de spectateurs, des encouragements, je rentre sur le stade, que de coureurs. Nous sommes au 68ième kilomètre. Je récupère mon premier sac et en route pour la douche, super, elle est chaude, je savoure, enlever la couche de crasse, quel bonheur. Je renfile des affaires propres, et me dirige vers « le resto ». A nouveau, poulet, riz. Je mange !

Quelques féminines sont là, après discussion, une réunionnaise et moi décidons de repartir ensemble, pour la première vraie nuit, il est 18h00 lorsque nous re-démarrons, pour votre information, la nuit tombe…à 18h30 et il fait nuit d’un seul coup.

Je suis persuadée d’être déjà dans la montée du « Taibit », entre temps j’ai perdu ma petite camarade de course, j’ai beau me retourner, je ne la vois par revenir. J’ai réussi à contacter Claudine qui me dit qu’elle m’attend dans la montée et fera la route avec moi. Malheureusement, elle m’annoncera, zut encore !, que je ne suis pas dans cette fameuse montée, mais dans celle qui la précède et tout aussi sympathique. J’arrive enfin au départ du « Taibit », il fait nuit, je regarde autour de moi, il y a des lits de camp, je suis tentée d’aller me coucher, découragée par l’annonce de Claudine. Mais cette dernière me secoue, il faut que tu montes, et ensuite tu ailles jusqu’à « Marla », là si tu es fatiguée, tu te couches. Je dois avoir l’air complètement hagarde, elle n’arrête pas de me répéter la même chose !

Je me ravitaille et la bise à la copine et j’entame cette fameuse montée….

Mes ennuis commencent, la fatigue me fait tituber, je vais de droite à gauche, je m’arrête. Drôle de sensation, saoule de fatigue ! Je suis assez tentée de faire comme certains coureurs, sortir la couverture de survie, m’enrouler dedans et dormir sur le bas côté ; mais j’ai en tête les conseils de Claudine, je serre les dents. Enfin le sommet et j’entame la descente sur « Marla », toujours titubante, je ne tourne pas la tête, je regarde du mieux que je peux devant moi, le faisceau de ma lampe me guidant…Dur, dur. Un petit monsieur me dit, elle est facile…ben voyons, de la caillasse….

Marla, 23h00, je n’ai plus qu’une demi-heure d’avance sur le « planning de Michel ».

Je me dirige vers le ravitaillement, et là catastrophe, rien ne passe. Je prends la décision de m’arrêter, je téléphone à Eric et lui explique la situation. Il m’encourage dans ce sens, repose toi, il faut que tu ailles au bout !

Pour lui, également moments de galère, ses genoux le font souffrir, il songe à abandonner, je lui conseille d’aller moins vite…, et de poursuivre jusqu’au prochain poste de ravitaillement où il y aura médecins et kinés.

Je me dirige vers la tente « dortoir », bien entendu, il n’y a pas de place, ni de couverture laine. Je me trouve tout de même un endroit, sors ma couverture de survie. Première surprise, elle a un trou pour passer la tête, on va faire avec… Mais en la dépliant, elle se « déppiote » Donc avec les morceaux restant je m’enroule comme je peux, emmitouflée dans ma parka de course j’essaie de trouver le sommeil…Difficile, entre les partants, les arrivants, les ronfleurs et les montres bippeuses….Mais j’emmerge vers 1h00 du matin. Mon inquiètude est de déplier mes jambes…comment vont-elles réagir ? Visiblement tout va (bien, je ne sais pas ? mais ça va) Direction le poste de ravitaillement, il faut que je m’alimente. J’avale déjà un thé, puis je tente un bol de pâtes…et oh joie, cela passe, me voila un peu rassurée, je me force à tout avaler, puis bananes, coca….drôle de régime !

J’aperçois un groupe de messieurs qui se prépare, je me joins à eux pour repartir.

C’est assez super, nous formons un petit ruban lumineux, comme moi, mes compagnons de route ont du se reposer, donc cela discute pas mal, c’est assez sympa comme ambiance. Nous arrivons à Roche Plate vers 4 heures du matin et nous avons parcouru depuis le départ de St Philippe, 89 kms. Le comité d’accueil est très chaleureux, gentils bénévoles au petit soin pour le coureur, versant, touillant le café…je reste quelques minutes et je repars seule dans la nuit, mais je sais que le jour se lèvera d’ici 1 heure. Une jolie forêt de filaos, un chemin agréable mais débouchant sur un passage, à droite le précipice et à gauche la main courante, que je me dépêche d’attraper !

Eric me rappelle, il continue, visiblement les kinés ont réussi à le soulager, il a environ 7 heures d’avance sur moi.

Les kilomètres se succèdent les uns aux autres, maintenant, il fait bien jour, le temps est superbe, j’arrive à « Grand Place les bas », musique, et accueil toujours aussi chaleureux, il n’y a que quelques maisons, bois sous tôle ! la case !

Les descentes succèdent aux montées, je me fais rejoindre par une féminine, nous nous retrouverons dans la montée sur Aurère, poste de ravitaillement où il nous sera servi de la salade de fruits, j’en profite pour aérer mes pieds, et leur remettre un coup de « Nok », l’état général est assez bon, les kilomètres défilent, je suis au 108km. Puis, le poste de « Deux Bras », j’ai déposé un sac, mais je ne le prends pas, belle erreur que j’ai faite, les ampoules arriveront après, faute de ne pas avoir changé de chaussettes et remis de la Nok. Il est 13h30, il me reste environ 27 kilomètres. Je prends le temps de me ravitailler, à côté de moi, sont installés quelques organisateurs, je discute un peu avec eux, et, je décide de repartir. J’attaque la montée sur « Dos d’Ane », et là, je comprends pourquoi Eric ne m’a rien dit sur cette partie du parcours que lui a reconnue… Ca monte….et à pas mal d’endroit, il y a des cordes, c’est limite escalade, il y a le vide tantôt à gauche, tantôt à droite. Je bénis mes gants de VTT. Je trouve tout de même le moyen de discuter avec d’autres coureurs, des « oreilles » ou des réunionnais, le temps passe plus vite.

Dans cette montée, coup de fil, c’est Eric, il vient de terminer et avec Michel, je suis super heureuse ! Je lui indique ma position, il me renouvelle ses encouragements et me dit d’être prudente, tu as le temps, prend le ! Ouais, mais j’en ai marre, c’est long, il est 16h15 lorsque j’arrive au Stade de Dos D’Ane, cela fait 39 heures que je suis partie. En plus, c’est la partie que nous avons reconnue, je ne plante pas la tente, je pense à la petite crête avec le vide de chaque côté et je me dis qu’il serait préférable que je la passe rapidement, et sans trop de coureurs, je taille la route. Et toujours de la montée…mais la vue est magnifique, puis descente vers le « Kiosque d’Affouche », 130ième kms. Dossard 38 annonce une personne et une féminine !

Les coureurs présents applaudissent, super sympa. Je passe un coup de fil à Eric, il est 18h15…je lui dis, il me reste 13kms, j’en ai pour 1h30….vachement sure d’elle la minette, Eric, me répond gentiment, ne t’inquiètes pas on t’attend…..

Et là commence mes petits malheurs, le début de la descente se passe à peu près bien, je mets tout de même 2 heures pour parcourir 8kms….il m’en reste 5, de cailloux, de racines dans le noir, malgré ma frontale de qualité (merci Yahn !) j’ai l’impression de passer et repasser aux mêmes endroits, je glisse, je tombe, mes genoux me font souffrir, les ampoules sont là et en descente sans trop d’appui, je déguste, je finis par craquer, je suis toute seule ! Ras le bol, la tête commence à me lâcher, non pas maintenant ! Je finis par sortir de cette forêt et enfin, j’aperçois les lumières de St Denis, encore quelques mètres avant le bitume, il me reste 800mètres, je me mets à courir, le stade devant moi, j’aperçois Eric, Michel et Claudine, ils me guettent, ça y’est ils m’ont vus, le « chacha » habituel d’Eric…les encouragements. Plus que quelques mètres sur la piste, je trouve le moyen d’accélérer, le chrono indique 44.59…, je ne comprends rien, je n’ai plus la notion du temps, les 5 derniers kilomètres auront eu raison du peu de tête qu’il me restait.

Je la franchie cette fameuse ligne d’arrivée…..je m’appuie sur la barrière, je craque. Puis je réalise enfin que je viens de vivre une belle aventure, la mienne.

Merci à mes petits camarades pour les nombreux messages. Eric, je sais maintenant ce que l’on ressent après une telle course.

Sylvie

Le grand raid de la Réunion 2006

La diagonale des fous

143 kms               8712m de dénivelé+

20-22 octobre 2006

Résultats

Classement ScratchDossardCoureurTemps de courseClas / catCatégorie
1er2367DELEBARRE VINCENT20h39mn40s1SH
1er2421JAQUEROD CHRISTOPHE20h39mn40s1V1H
318ème39BOUISSET ERIC37h45mn45s27V2H
319ème147MARTINOLI MICHEL37h45mn49s28V2H
678ème38APRUZZESE-SERAZIN SYLVIE44h59mn34s16V1F
1402ème1726SAHUC CHRISTOPHE63h04mn30s584SH

Témoignage

  • Témoignage de Sylvie
  • Grand Raid de la Réunion 2005

    Diagonale des fous

    140 kms  – 8492m de dénivelé+

    Résultats

    Classement ScratchCoureurTemps de courseClassement par catégorieCatégorie
    1FONTAINE CHARLES19h49mn36s1
    171BRIOL ANNIE33h02mn11s4SF
    1396LECHAT RONAN61h51mn14s596SH